Bref Résumé
Ce documentaire retrace la tragédie du Darfour, une région du Soudan en proie à une guerre civile depuis 2003. Il met en lumière les origines du conflit, les enjeux géopolitiques, les stratégies des différents acteurs impliqués, et l'intervention tardive de la communauté internationale. Le film souligne l'importance de comprendre cette crise complexe, qui a des répercussions bien au-delà des frontières soudanaises.
- Le Darfour, région marginalisée et pauvre du Soudan, est le théâtre d'un conflit ethnique et économique exacerbé par la sécheresse et la désertification.
- Le gouvernement soudanais, sous la dictature d'Omar El-Béchir, a instrumentalisé les tensions ethniques en armant les milices Janjawids pour réprimer la rébellion.
- La communauté internationale, préoccupée par la paix entre le Nord et le Sud du Soudan, a tardé à réagir face à la crise humanitaire au Darfour.
- L'intervention de l'Union Africaine (AMIS) s'est avérée insuffisante en raison de moyens limités et d'un mandat inadapté.
- La Cour Pénale Internationale (CPI) a émis des mandats d'arrêt pour crimes contre l'humanité, mettant la pression sur le gouvernement soudanais.
- La Chine, principal partenaire économique du Soudan, a joué un rôle ambigu en soutenant le régime tout en appelant à une résolution pacifique du conflit.
- L'ONU a finalement voté l'envoi d'une force hybride de maintien de la paix, mais son déploiement a été retardé par l'opposition du gouvernement soudanais.
Darfour : Un Territoire Oublié [2:31]
Le Darfour, vaste territoire de 500 000 km2 à l'ouest du Soudan, est une région enclavée et pauvre, à la frontière du monde arabe et de l'Afrique noire. Cette province possède une identité forte, héritée de son passé de sultanat. La population, entièrement musulmane, est composée d'une mosaïque de tribus d'origines arabe et africaine. Le véritable clivage est économique : les tribus africaines sont généralement des agriculteurs sédentaires, tandis que les Arabes sont des éleveurs semi-nomades. Tous partagent le sentiment d'être négligés par le pouvoir central soudanais, qui concentre ses investissements dans la vallée du Nil et à Khartoum. Le Darfour manque cruellement d'infrastructures, de services et de ressources, ce qui alimente un sentiment de marginalisation et de discrimination parmi ses habitants.
Sécheresse, Famine et Armement des Tribus : Les Origines du Conflit [6:02]
Une terrible sécheresse dans les années 1980 exacerbe les tensions entre agriculteurs et nomades, qui se disputent les terres cultivables et les pâturages. Le gouvernement de Khartoum, au lieu d'apporter une aide humanitaire, ferme les yeux sur la situation et retarde l'accès à l'aide internationale. Face à l'inaction du pouvoir, les élites du Darfour tentent de trouver une solution politique, mais le gouvernement réagit en armant les tribus arabes, les persuadant qu'elles forment une race supérieure. Cette politique divise la population et transforme le clivage économique en un conflit ethnique. La guerre entre le Tchad et la Libye voisine contribue également à la prolifération des armes et à la violence dans la région.
Rébellion et Répression : L'Engrenage de la Guerre [9:02]
En 1989, un coup d'État porte au pouvoir le général Omar El-Béchir, qui instaure une dictature militaro-islamiste. En 1992, un mouvement rebelle, le SLM (Mouvement de Libération du Soudan), apparaît pour réclamer une meilleure répartition du pouvoir et des richesses. Début 2003, un autre mouvement, islamiste celui-ci, entre en scène : le JEM (Mouvement pour l'Égalité et la Justice). Fin février 2003, le SLM déclenche l'insurrection et porte un coup dur à l'armée soudanaise en attaquant El-Fasher, la capitale historique de la région. Cette défaite marque le début officiel de la guerre du Darfour.
La Réaction du Gouvernement : Milices Janjawids et Nettoyage Ethnique [11:58]
L'attaque d'El-Fasher est une humiliation pour le régime de Béchir, qui est déjà engagé dans des négociations de paix avec la rébellion du Sud-Soudan. Pour ne pas affaiblir son armée, composée en partie de soldats originaires du Darfour, le gouvernement choisit d'armer les tribus arabes contre la rébellion, principalement d'origine africaine. Khartoum transforme ainsi un conflit politique en une guerre ethnique. En juin 2003, le gouvernement lance une contre-insurrection massive avec l'aide de milices appelées Janjawids, qui commettent des atrocités contre les populations civiles. Le Darfour est déclaré zone militaire, inaccessible aux observateurs et aux médias.
Témoignages et Horreurs : La Guerre à Huis Clos [17:14]
En août 2003, des milliers de personnes fuient le Darfour et se réfugient au Tchad. Les témoignages des rescapés révèlent l'ampleur des atrocités commises contre les populations civiles. En septembre 2003, Khartoum autorise quelques ONG à pénétrer au Darfour. Coralie Lechelle, infirmière à MSF, est témoin des villages brûlés, des populations déplacées et des blessures infligées aux victimes. Les organisations de défense des droits de l'Homme comme Human Rights Watch parviennent également à pénétrer au Darfour et recueillent des témoignages similaires. Les attaques sont dirigées systématiquement contre les tribus d'origine africaine, supposées soutenir la rébellion. Les Janjawids, décrits comme des "démons armés à cheval", sont les principaux responsables du nettoyage ethnique.
L'Indifférence Internationale : Priorité à la Paix Nord-Sud [25:53]
Malgré les témoignages et les preuves des massacres, Khartoum nie en bloc. Les diplomates occidentaux, préoccupés par la paix entre le Nord et le Sud du Soudan, choisissent de se concentrer sur cette autre guerre civile et de ne pas gêner Khartoum. Les États-Unis, principal médiateur dans les négociations Nord-Sud, font du succès de ces accords une priorité en Afrique. Mukesh Kapila, le représentant de l'ONU, alerte les gouvernements occidentaux sur la situation au Darfour, mais il n'est pas entendu.
La Guerre du Darfour sur la Scène Internationale : Le Terme "Nettoyage Ethnique" [31:58]
Au printemps 2004, la guerre du Darfour s'invite enfin dans l'actualité. Mukesh Kapila profite de ce nouveau climat pour dénoncer un "nettoyage ethnique" au Darfour, faisant référence au génocide rwandais de 1994. Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, impose la guerre du Darfour sur le devant de la scène. Les dirigeants occidentaux se succèdent au Soudan. Le président Béchir doit céder du terrain et signe un accord de cessez-le-feu avec les rebelles. Il autorise également les humanitaires à accéder au Darfour.
L'Accord d'Abuja : Un Marché de Dupes [34:53]
Kofi Annan pense avoir marqué des points, mais l'accord est un marché de dupes. Les dirigeants soudanais ne désarment jamais les Janjawids et les intègrent dans les forces paramilitaires. En juillet 2004, le Soudan est à nouveau sur le banc des accusés devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies. La résolution adoptée est ferme qu'en apparence et ne menace pas Khartoum de sanctions. La Chine, principal partenaire économique du Soudan, s'oppose à toute mesure coercitive.
L'Union Africaine au Darfour : Une Mission Condamnée à l'Échec [39:27]
L'Union Africaine (UA) est chargée de trouver une solution politique au conflit et de surveiller le cessez-le-feu. Mais la mission de l'UA au Darfour (AMIS) est sous-financée, sous-équipée et son mandat est inadapté à la gravité de la crise. Les États-Unis et les pays européens, qui financent l'opération, limitent les moyens logistiques pour des raisons de coût. L'AMIS est incapable de protéger les civils et de faire respecter le cessez-le-feu.
Les États-Unis et le Génocide : Une Coopératio Ambiguë [45:23]
Aux États-Unis, la crise du Darfour devient un sujet de politique intérieure de premier plan. En septembre 2004, Colin Powell annonce que les États-Unis considèrent que le génocide est en cours au Darfour. Mais Washington continue de coopérer avec le gouvernement soudanais sur le contre-terrorisme et reçoit même le numéro 1 des services de renseignements soudanais au siège de la CIA. Cette coopération suscite l'incompréhension et la colère des défenseurs des droits de l'Homme.
La Cour Pénale Internationale et la Force Hybride : Un Espoir Tardif [57:20]
L'accord d'Abuja relance la violence au Darfour. En août 2006, le Conseil de sécurité vote l'envoi de 20 000 casques bleus au Darfour, mais Khartoum refuse. Les diplomates reviennent à la charge avec l'idée d'une force hybride, composée de soldats de l'UA et de casques bleus de l'ONU. En février 2007, la CPI émet ses premiers mandats d'arrêt pour crime contre l'humanité et crime de guerre. La Chine, soucieuse de son image, pousse Khartoum au compromis. En juin 2007, le régime soudanais accepte enfin la force hybride. En juillet, l'ONU vote l'envoi de cette force. 26 000 casques bleus sont attendus au Darfour début 2008 pour mettre fin aux violences. Mais tout cela n'arrive-t-il pas beaucoup trop tard ? Après plus de quatre ans de guerre et de violence, le Darfour est ravagé, déchiré et traumatisé. La réconciliation sera d'abord l'œuvre des habitants du Darfour eux-mêmes.